La France va dans le mur, mais son président…n’a guère renoncé à son goût pour les leçons de morale politique.

Français! lisez cet article qui nous vient de Pologne(publié sur  FIGAROVOX/TRIBUNE) et ouvrez, vous aussi, les yeux.

Marek Gladysz, journaliste polonais, met en garde le chef de l’Etat: aucune démocratie européenne ne peut exister en niant la souveraineté des peuples. Auteur de La France, maillon faible de l’Europe? (L’Artilleur, 2019), Marek Gladysz, journaliste en poste en France depuis 1990, et correspondant permanent à Paris pour RMF, la principale radio d’Europe centrale.

« Pour sauver l’Union européenne de la crise de confiance sans précèdent qu’elle traverse, encore faudrait-il établir un dialogue entre ceux qui aiment se qualifier de «progressistes» (un terme extraordinairement trompeur) et ceux qu’on qualifie – souvent à tort – de «populistes». C’est sans compter sur l’arrogance et le mépris du président Emmanuel Macron, convaincu d’être le seul autorisé à avoir raison, quand bien même les urnes lui donnent tort. Et même si le modèle français a perdu sa substance et son attractivité. C’est peu de dire que tous les voyants français sont au rouge: niveau de prélèvements obligatoires record, chômage de masse, croissance très faible, déficit budgétaire inquiétant, poids du politiquement correct empêchant les vrais débats, islamisation en roue libre et prolifération des zones de non-droit.

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La France va dans le mur, mais son président, sûr de son aura de leader européen, n’a guère renoncé à son goût pour les leçons de morale politique, y compris à l’égard de pays, comme la Pologne, dont la situation économique et sociale pourrait être largement enviée par ses compatriotes.

La France va dans le mur, mais son président, sûr de son aura de leader européen, n’a guère renoncé à son goût pour les leçons de morale politique.

Qu’on en juge par les chiffres. Selon le dernier rapport de l’OCDE (intitulé Perspectives économiques, analyses et projections), le taux de croissance du produit intérieur brut de la Pologne devrait s’établir cette année à 4,2%. Mon pays, qui connaît déjà une situation de plein-emploi, enregistre ainsi la meilleure croissance économique de l’Union européenne. Seuls trois autres pays au monde devraient afficher des taux plus élevé: l’Inde (7,2%), la Chine (6,2%) et l’Indonésie (5,1%).

En s’autorisant à traiter de «nationalistes lépreux» une partie de ses compatriotes et de ses partenaires européens, Emmanuel Macron est devenu le président qui divise aussi bien sur son sol qu’en Europe. L’arrogance, autrefois apanage de chefs d’État français, tels que Jacques Chirac (qui avait conseillé aux Polonais «de se taire» à l’époque de la deuxième guerre d’Irak) ou Nicolas Sarkozy (qui n’avait pas hésité à qualifier de «menteur» le défunt président polonais Lech Kaczynski), atteint chez Jupiter un périlleux paroxysme.

En creusant le fossé entre l’Est et l’Ouest et en amplifiant les divisions en Europe entre «progressistes» – figures quasi saintes du camp du bien – et «populistes» – perçus comme les cerbères du camp du mal -, Emmanuel Macron risque de s’inscrire dans l’histoire comme le fossoyeur de l’Europe, lui qui rêve tant d’être son sauveur.

Observateur de la vie politique française pour le compte de la plus grande radio d’Europe centrale, je le dis tout net: ces blessures auront du mal à cicatriser. Si le président français est capable d’insulter les autorités polonaises car elles refusent l’accueil (par le mécanisme de relocation automatique) des migrants économiques venus d’Afrique et du Moyen-Orient, il ne peut s’attendre à ce que ces meurtrissures entre nos deux pays, disparaissent aussi vite qu’elles sont apparues dans nos chairs. Certes, Bruno Le Maire a commencé à battre sa coulpe en admettant le mois dernier, devant la presse diplomatique, que «la France avait méprisé la Pologne et [qu’] elle avait eu tort». C’est son rôle de ministre de l’Économie, inquiet des conséquences pour la France qui souhaite notamment vendre à Varsovie des sous-marins ou des centrales nucléaires. Cette contrition, presque inédite, sera-t-elle suffisante? En méprisant plus de 43% des Polonais qui ont choisi, aux élections européennes, les conservateurs du PiS (le parti Droit et justice) actuellement au pouvoir (un score que LaREM n’atteindrait même pas dans ses rêves les plus fous), Emmanuel Macron a terni l’image de la France dans ma patrie.

Ses prédécesseurs avaient au moins la délicatesse de garder à l’esprit que la Pologne est un État souverain et refusaient de se mêler trop directement des affaires internes d’un pays ami. Que veut Macron? Que la Pologne abandonne sa légitime fierté d’être une nation souveraine dans le plus pur héritage gaulliste? Qu’elle se contente d’être un pays vassal, idéologiquement soumis aux tartufferies de la macronie?

Une grande partie de mes compatriotes redoutent les projets du Jupiter français : harmonisation fiscale, smic européen ou encore politique d’immigration commune.

Une grande partie de mes compatriotes redoutent les projets du Jupiter français: harmonisation fiscale, smic européen ou encore politique d’immigration commune. Les souvenirs douloureux des diktats de Moscou adressés jusqu’à la fin des années 1980 au bloc de l’Est, alors sous influence soviétique, demeurent prégnants sur une terre qui fut si souvent dépossédée de sa souveraineté et de sa liberté.

Pour résumer, le Polonais moyen se dit: «Macron veut augmenter nos impôts, ruiner nos entreprises pourtant fleurissantes, flinguer notre croissance économique record et le plein-emploi, en nous incitant, en prime, à bâtir à côté de Varsovie des zones de non-droit sur l’exemple de la Courneuve, d’Aulnay-sous-Bois ou de Trappes… Merci mais sans façon!»

Certes, dans l’Union européenne comme ailleurs, il n’est pas d’exercice démocratique possible sans État de droit. Malgré la réforme controversée des médias publics en Pologne, la diversité de parole et d’opinions semblent plus vaste qu’en France où le politiquement correct et le déni de réalité poussés jusqu’à la caricature empêchent la tenue de véritables débats. Se préoccuper de la pérennité des acquis démocratiques dans l’Union européenne ne devrait pas relever systématiquement du prétexte politicien. Entre les deux tours de l’élection présidentielle, Macron avait déjà promis de punir la Pologne où plusieurs usines, autrefois implantées en France, furent délocalisées. Souci de sauvegarde de démocratie ou hypocrisie de “l’extrême centre“? C’est oublier qu’il y aurait moins de délocalisations vers l’est si ces entreprises ne croulaient pas sous les taxes dans l’Hexagone.

Emmanuel Macron n’a jamais dissimulé son soutien aux leaders de l’opposition libérale en Pologne, incarnée notamment par l’actuel président du Conseil européen Donald Tusk.

Et puis, derrière ces leçons, presque insidieusement, se cache une lutte partisane plus regrettable encore. Emmanuel Macron n’a jamais dissimulé son soutien aux leaders de l’opposition libérale en Pologne, incarnée notamment par l’actuel président du Conseil européen Donald Tusk. Plus grave: le vice-président de la Commission, le social-démocrate néerlandais Frans Timmermans, celui-là même qui a déclenché contre la Pologne l’article 7 du traité de l’Union européenne (permettant de suspendre le droit de vote d’un Etat membre en cas de violation des droits de l’homme) a ouvertement milité dans mon pays pour un parti de gauche lors de la campagne des dernières élections européennes. Tandis que l’opposition essayait, sans succès, de lier la droite catholique à la pédophilie dans l’Eglise, Frans Timmermans, 58 ans, n’a pas manqué de raconter avoir été la victime d’un prêtre quand il avait 13 ans. Ce récit, pour bouleversant qu’il soit, fut exposé à un moment crucial: quelques jours avant le scrutin. Question neutralité et réserve politique, on en attendrait un peu plus de la part d’un haut fonctionnaire européen.

Bâtir l’avenir de l’Union européenne avec le ciment de la peur ne mènera nulle part. Emmanuel Macron paraît l’ignorer. L’institution ne fait plus rêver cependant que tout débat sur son fonctionnement technocratique et toute proposition d’une Europe des nations semblent proscrits. Osez sortir des lignes de la vision macronienne et vous voilà dénigrés: vous êtes tantôt la marionnette des États-Unis de Donald Trump, tantôt celle de la Russie de Vladimir Poutine. Une véritable propagande évocatrice, toutes proportions gardées, de la stratégie de communication de l’Union soviétique. Epoque où de nombreux membres de l’opposition démocratique clandestine, critiques envers le fonctionnement du bloc de l’Est, étaient accusés d’être des agents «à la solde des impérialistes américains financés par la CIA dans le but de précipiter la chute de l’URSS».

Hier comme aujourd’hui, la vérité ne peut être emprisonnée dans les geôles de la pensée unique.

Hier comme aujourd’hui, la vérité ne peut être emprisonnée dans les geôles de la pensée unique. Une part grandissante des Européens veulent sortir de la double impasse que constituent la technocratie bruxelloise et les désidératas de Paris et Berlin. Cet axe entre les deux pays, aujourd’hui, en souffrance, paralyse la multipolarité, pourtant si chère, au niveau mondial, au cœur d’Emmanuel Macron. Plus triste encore: il étouffe la volonté des peuples.

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